The title of this series, La Mer au plus près, is borrowed from a sublime text Albert Camus wrote in 1953. Camus sets sail and describes his love for the sea, its ever-changing landscape and mood.

The Nobel Prize winning French author and philosopher was born and raised in Algeria. The Mediterranean Sea was his backyard. “I grew up in the sea and poverty was sumptuous, then I lost the sea and found all luxuries grey and poverty unbearable. Since then, I have been waiting. I wait for the homebound ships, the house of the waters, the limpidity of the day. I wait patiently, am polite with all my strength.

To him the sea means salvation and happiness. Being away from it is a wrench that he tries to cover up. But still, the sea always inhabits him. “If I were to die, in the midst of cold mountains, unknown to the world, cast off by my own people, my strength at last exhausted, the sea would at the final moment flood into my cell, come to raise me above myself and help me die without hatred.

Camus is my favourite writer and his words resonate in me.

I was born and raised far from the sea. But I was lucky to spend a few years next to the ocean. Waking up every morning, I would gaze and marvel at the Pacific. Now I live a landlocked country. I long for the water, the waves, the smell, the sound, the vastness and the horizon. I often find myself looking at pictures of the ocean, drowning in nostalgia.

Over the years I have developed a passion for underwater photography, and especially for portraits. Every summer I get into a swimming pool with my daughters and their friends, and I capture their magic.

Out of curiosity I combined my ocean photos with their portraits, and soon realised that both could complement each other, add depth and substance. Now that travel is no longer taken for granted, let alone permitted, this ‘mise en abîme’ transports me back to the water. Photography brings the sea close by.

“… I can still be blessed with all the riches when I choose, set sail at every hour, unknown to despair. There is no country for those who despair, but I know that the sea comes before and after me, and hold my madness ready. Those who love and are separated can live in grief, but this is not despair: they know that love exists. This is why I suffer, dryed-eyed, in exile. I am still waiting.”

So am I. 

January 2021


Honorable Mention in the 16th Julia Margaret Cameron Award for Women Photographers, Black and White category, May 2021 

La mer au plus près

Cette série emprunte son titre au sublime texte qu’Albert Camus rédigea en 1953. Camus prend le large et décrit son amour pour la mer, au paysage et à l’humeur fluctuante.

L’auteur, Prix Nobel de littérature, et philosophe est né et a grandi en Algérie, avec la mer Méditerranée comme terrain de jeu. « J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. Je patiente, je suis poli de toutes mes forces. »

A ses yeux, la mer n’est que salut et bonheur. Être loin d’elle est un déchirement qu’il tente de camoufler. Malgré tout, la mer l’habite tout entier. « Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soutenir, au-dessus de moi-même et m’aider à mourir sans haine. »

Camus est mon écrivain préféré et ses mots retentissent en moi.

Je suis née et j’ai grandi loin de la mer. Mais j’ai eu la chance de passer quelques années à côté de l’océan. Le matin, dès le réveil, le Pacifique dansait devant mes yeux. Je vis maintenant dans un pays enclavé. L’eau, les vagues, l’odeur, le bruit, l’immensité et l’horizon me manquent plus que tout. Je me surprends souvent à parcourir des photos de l’océan, me noyant dans la nostalgie.

Au cours des dernières années, je me suis prise de passion pour la photographie sous-marine, et plus précisément pour les portraits sous l’eau. Chaque été, je plonge dans une piscine avec mes filles et leurs amies, et j’immortalise leur magie.

La curiosité m’a poussée à combiner mes photos de l’océan avec leurs portraits, et j’ai alors réalisé que les deux se complétaient, ajoutant profondeur et substance. Maintenant que voyager est devenu difficile, voire interdit, cette mise en abîme me ramène vers l’eau. La photographie apporte la mer au plus près.

« … je suis pourtant comblé quand je le veux, j’appareille à toute heure, le désespoir m’ignore. Point de patrie pour le désespéré et moi, je sais que la mer me précède et me suit, j’ai une folie toute prête. Ceux qui s’aiment et sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir : ils savent que l’amour existe. Voilà pourquoi je souffre, les yeux secs, de l’exil. J’attends encore. »

Moi aussi.

Janvier 2021

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